21 février 2009
Petits suicides entre amis
Complètement loufoque. C'est la première impression qu'on a à la lecture de ce roman finlandais. Le titre lui-même donne une idée du genre.

Toute la pemière partie du livre est consacrée à la rencontre entre deux hommes, le président Onni Rellonen et le colonel Hermanni Kemppainnen, dans des circonstances malheureuses. Par hasard ils se sont trouvés au même moment, au même endroit, avec la même intention: se donner la mort. Leurs plans entravés, ils nouent une relation amicale très touchante. Ils partagent leurs malheurs, discutent de la mort, en toute simplicité. Le président a une maison au bord d'un lac, et près du ponton arrivent régulièrement des bouteilles d'alcool à moitié pleines, jetées à l'eau par d'autres résidents dans une tradition et un désir de partage.
Ils montent tous les deux un grand projet de réunir tous les désespérés du pays en passant une annonce dans le journal. Victimes de leur succès, ils reçoivent des centaines de lettres, et organisent alors un congrès, auquel tous les malheureux sont conviés. La décision est prise d'organiser un grand suicide collectif, mais attention: avec élégance. C'est le début d'une éspèce de road trip décalé. Un groupe de suicidaires traverse le pays en car en direction de la Norvège, avec l'intention de se jeter dans la mer. Ils voyagent ensemble, font des étapes, campent, recueillent de nouveaux membres.
C'est l'occasion pour l'auteur d'une réflexion sur la vie et la mort, élargie à une étude quasi sociologique de la Finlande. Plusieurs phrases énoncées comme des maximes délivrent des statistiques ou des vérités générales sur la Finlande ou les Finlandais. Avec beaucoup d'humour, Petits suicides entre amis devient un véritable hymne à la vie, détournant de toute idée noire. Le ton innocent et la présentation des faits en toute simplicité donne son côté drôle au roman. Les rassemblements tiennent presque du burlesque, que ce soit le symposium ou la tentative de suicide collectif dans le garage de l'ambassadeur du Yémen du Sud.
Alors que le début du roman est émouvant parfois, la deuxième partie est dénuée de tout sentiment, de toute psychologie. La mort, sujet que l'on aborde avec appréhension, est traitée avec légèreté. Tout le monde étant sur la même longueur d'onde, le suicide n'est plus un tabou mais une activité collective et son côté glauque disparaît totalement. C'est presque dérangeant dans la mesure où le geste de se donner la mort devient une banalité qu'il faut juste organiser de manière amusante. Mais à la fois la désacralisation de la mort rend facile la vie. C'est bien pour ça qu'à mon avis l'intrigue perd de son intérêt: si la vie est simple, légère, insouciante, alors il n'y a plus rien à raconter. Et c'est bien le sentiment qu'on a en suivant le voyage des suicidaires, qui s'arrêtent, mangent, dorment et repartent, qui profitent de la vie: les événements sont absents de la majorité du texte et pour tout dire on finit par s'ennuyer un peu.
Petits suicides entre amis, de Arto Paasilinna, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, collection Folio (2003), 292 pages
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