La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

06 avril 2009

La bâtarde d'Istanbul

la-batarde-distanbul[1].jpgD'un côté Asya: une jeune fille turque qui vit à Istanbul avec ses tantes et sa grand-mère. Une grande famille de femmes, dans laquelle les hommes sont tous morts prématurément. Tous sauf un, qui est parti étudier aux Etats-Unis et n'est jamais revenu. Asya est une jeune fille sombre et rebelle: elle n'aime pas se plier aux traditions familiales, et passe l'essentiel de son temps à traîner au café Kundera avec un groupe d'hommes.

De l'autre côté Armanoush, ou Amy en version américanisée: elle vit aux Etats-Unis, tantôt en Arizona avec sa mère et Mustafa, son beau-père turc, tantôt à San Francisco avec la grande famille arménienne de son père, émigrée aux Etats-Unis dans les années 1920.

Leur point commun: une grande famille très entourante, qui respecte les traditions. Ce qui les sépare: l'histoire. Armanoush entend régulièrement des anecdotes sur la vie à Istanbul de sa grand-mère Shushan. Elle sait également que les Arméniens ont été persécuté par les Turcs.

Un jour elle décide, sans prévenir personne, de partir à Istanbul voir de ses propres yeux. Elle se fait héberger par la famille de Mustafa, qui se trouve être l'oncle d'Asya. Les deux  jeunes filles deviennent amies et petit à petit les langues se délient sur l'histoire des deux familles.

La bâtarde d'Istanbul est un témoignage très intéressant sur la vie des femmes en Turquie, sur le poids des traditions et de la famille, et sur les différentes pratiques culturelles. Avec ses chapitres intitulés d'après des condiments (cannelle, pois chiches, noisettes grillées, pistaches, amandes, figues séchées...) et tous les détails des rues d'Istanbul, on n'a qu'une envie c'est d'aller visiter la Turquie.

La bâtarde d'Istanbul, de Elif Shafak, 2007. Traduit de l'américain par Aline Azoulay. Collection 10/18, 378 pages

30 mars 2009

Half Moon Street

Quand on manque d’idées de lecture, pour le train, ou à lire rapidement un week-end : la série des romans policiers d’Anne Perry est toujours un plaisir.9782264042538.jpg
Les intrigues se passent à Londres à la fin du XIXème siècle et mettent en scène un couple d’investigateurs, Charlotte et Thomas Pitt.
Je viens de lire Half Moon Street. Charlotte est absente de ce tome : en voyage à Paris, elle n’apparaît qu’à travers ses lettres et c’est donc Thomas qui mène l’enquête.
Le point de départ est la découverte du corps d’un homme déguisé en femme et ligoté dans une barque. Une mise en scène dérangeante à l’époque.
C’est intéressant de se plonger dans l’Angleterre victorienne, ses mœurs, sa culture. Les personnages sont contemporains d’Oscar Wilde, ou de Sarah Bernhardt en France.
Anne Perry effectue un important travail de reconstitution. On sent dans l’écriture les décors, les vêtements et même les mentalités de la fin du XIXème siècle anglais. Mais en même temps les histoires ont un caractère très actuel, avec dans Half Moon Street l’enjeu de la tolérance à l’égard de l’homosexualité.
Même si dans cette enquête les personnages sont clairement plus étroits d’esprit qu’aujourd’hui, on ne ressent pas un très grand décalage. La société a changé, mais le roman d’Anne Perry nous plonge dans cette époque avec facilité, si bien que la distance temporelle s’efface et qu’on est absorbé par l’intrigue.

Half Moon Street, Anne Perry, 2000. Traduit de l'anglais par Anne-Marie Carrière, aux éditions 10/18, 284 pages.

The curious incident of the dog in the night-time

Curieux, c’est le mot. Difficile de choisir où classer ce livre. Il tient par moments du polar, avec un mystère qui nous induit en erreur. Il est à la fois le portrait d’un adolescent souffrant du syndrome d’Asperger. Et il évolue en récit de drame familial.

Christopher Boone, quinze ans, vit seul avec son père à Swindon, une petite ville anglaise. Dans son quartier très calme, il découvre un soir que le chien dcurious-incident-of-the-dog-in-the-night-time.jpge sa voisine, Wellington, a été sauvagement assassiné. Il décide d’écrire un roman sur ses investigations.
Mais Christopher ne raconte pas comme tout adolescent : il souffre du syndrome d’Asperger, donnant une tournure originale au texte.

Le récit ne ressemble à rien que l’on connaisse : le syndrome d’Asperger affecte la vie sociale et les perceptions sensorielles, mais développe un esprit mathématique. La manière de raconter du narrateur passe par le détail le plus précis. Chaque geste et chaque mimique de ses interlocuteurs sont relevés. Si Christopher ne sait pas les interpréter – il ne lit pas par exemple les émotions que recèlent les expressions du visage – il sait qu’ils ont une signification.
Le texte peut donc paraître un peu long puisqu’il passe par de nombreuses informations inutiles, des descriptions détaillées et des digressions. Par moments on fatigue de ce ralentissement dans l’intrigue, et on peut s’impatienter.

Mais ce sont ces traits de caractère de Christopher qui font que le lecteur a sa part d’élucidation à faire aussi. On peut avec satisfaction devancer le personnage dans ses conclusions.
C’est également cette maladie, qui ressemble en certains points à l’autisme, qui contribue à une situation familiale délicate, dont le personnage central ne comprend pas tous les ressorts.
Ce sont enfin ces comportements atypiques qui font de ce récit un roman hors du commun.

Mark Haddon a écrit une quinzaine de livres pour enfant. The curious incident of the dog in the night-time a été particulièrement récompensé. Il se lit très bien et rapidement. C’est le premier des romans de Mark Haddon qui soit aussi à destination des adultes.
Selon moi l’inconvénient de ce livre est qu’il est difficile de s’identifier au narrateur. Tout est fait pour que l’on voit à travers les yeux de Christopher, certes. Mais les mécanismes de pensée sont trop éloignés des miens. Le décalage ne permet donc pas d’entrer pleinement dans le roman, mais c’est une lecture agréable.

 

The curious incident of the dog in the night-time, de Mark Haddon, 2003. Vintage, 272 pages, 9,95€

21 février 2009

Petits suicides entre amis

Complètement loufoque. C'est la première impression qu'on a à la lecture de ce roman finlandais. Le titre lui-même donne une idée du genre.

petits_suicides_entre_amis.jpg
Toute la pemière partie du livre est consacrée à la rencontre entre deux hommes, le président Onni Rellonen et le colonel Hermanni Kemppainnen, dans des circonstances malheureuses. Par hasard ils se sont trouvés au même moment, au même endroit, avec la même intention: se donner la mort. Leurs plans entravés, ils nouent une relation amicale très touchante. Ils partagent leurs malheurs, discutent de la mort, en toute simplicité. Le président a une maison au bord d'un lac, et près du ponton arrivent régulièrement des bouteilles d'alcool à moitié pleines, jetées à l'eau par d'autres résidents dans une tradition et un désir de partage.

Ils montent tous les deux un grand projet de réunir tous les désespérés du pays en passant une annonce dans le journal. Victimes de leur succès, ils reçoivent des centaines de lettres, et organisent alors un congrès, auquel tous les malheureux sont conviés. La décision est prise d'organiser un grand suicide collectif, mais attention: avec élégance. C'est le début d'une éspèce de road trip décalé. Un groupe de suicidaires traverse le pays en car en direction de la Norvège, avec l'intention de se jeter dans la mer. Ils voyagent ensemble, font des étapes, campent, recueillent de nouveaux membres.

C'est l'occasion pour l'auteur d'une réflexion sur la vie et la mort, élargie à une étude quasi sociologique de la Finlande. Plusieurs phrases énoncées comme des maximes délivrent des statistiques ou des vérités générales sur la Finlande ou les Finlandais. Avec beaucoup d'humour, Petits suicides entre amis devient un véritable hymne à la vie, détournant de toute idée noire. Le ton innocent et la présentation des faits en toute simplicité donne son côté drôle au roman. Les rassemblements tiennent presque du burlesque, que ce soit le symposium ou la tentative de suicide collectif dans le garage de l'ambassadeur du Yémen du Sud.

Alors que le début du roman est émouvant parfois, la deuxième partie est dénuée de tout sentiment, de toute psychologie. La mort, sujet que l'on aborde avec appréhension, est traitée avec légèreté. Tout le monde étant sur la même longueur d'onde, le suicide n'est plus un tabou mais une activité collective et son côté glauque disparaît totalement. C'est presque dérangeant dans la mesure où le geste de se donner la mort devient une banalité qu'il faut juste organiser de manière amusante. Mais à la fois la désacralisation de la mort rend facile la vie. C'est bien pour ça qu'à mon avis l'intrigue perd de son intérêt: si la vie est simple, légère, insouciante, alors il n'y a plus rien à raconter. Et c'est bien le sentiment qu'on a en suivant le voyage des suicidaires, qui s'arrêtent, mangent, dorment et repartent, qui profitent de la vie: les événements sont absents de la majorité du texte et pour tout dire on finit par s'ennuyer un peu.

Petits suicides entre amis, de Arto Paasilinna, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, collection Folio (2003), 292 pages

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu